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Après avoir fait face à plusieurs épreuves durant les dernières années, notamment le décès de son père, Georges Mamelonet, Christophe Mamelonet dirige de main de maître la cuisine de la Maison du Pêcheur, véritable institution au coeur du village de Percé.

La Maison du pêcheur

Une tape dans le dos après les tempêtes

Un article de Gabriel Béland paru dans La Presse.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Christophe Mamelonet est à la tête des cuisines de La Maison du pêcheur, à Percé.

(Percé) Un matin du mois de mars, le téléphone du jeune chef Christophe Mamelonet a sonné. Il a reconnu au bout du fil la voix d’un de ses anciens professeurs.

« Il m’appelait pour me féliciter. Je lui ai dit : “ Comment ça me féliciter ? ” », se souvient le chef gaspésien de 27 ans, passionné par les produits de la mer.

Celui qui mène les cuisines de La Maison du pêcheur de Percé ne le savait pas encore, mais il venait d’être sélectionné pour le titre de révélation de l’année aux Lauriers de la gastronomie québécoise. « C’est lui qui me l’a appris. C’est une belle tape dans le dos. Je ne m’attendais vraiment pas à ça », raconte le chef rencontré dans son restaurant de Percé.

Le lauréat sera dévoilé le 24 mai prochain. Mais peu importe s’il gagne, cette sélection signifie beaucoup pour Christophe Mamelonet et pour sa famille, qui ont vécu dans les dernières années de pénibles épreuves.

C’est le journaliste qui aborde ce sujet délicat. Le jeune homme ne se défile pas. Il a perdu son père en mars 2015 dans un accident de la route. L’ancien maire de Percé et député libéral Georges Mamelonet, qui avait cofondé le restaurant, a été heurté mortellement sur la route 132 par un conducteur ivre.

Puis en décembre 2016, un second restaurant attenant au premier a été ravagé par les eaux lorsqu’une foudroyante tempête a balayé la Gaspésie.

« Ç’a été de grosses épreuves », lâche-t-il, dans une courte phrase qui en dit long.

Restaurant du « merroir »

Les traces de la tempête ont depuis longtemps disparu. La Maison du pêcheur, recouverte de lattes blanches, a été réaménagée avec goût. Le restaurant est planté dans un décor de carte postale, directement devant la mer et le rocher Percé.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

La Maison du pêcheur est située dans un décor enchanteur, directement devant la mer et le rocher Percé.

Au moment de l’entrevue, le jeune chef était en train de préparer sa saison, qui doit démarrer le 4 juin, si la pandémie le permet.

On a eu une bonne saison l’été dernier, et zéro cas de COVID. C’était une saison presque plus forte que d’habitude. Et cet été aussi s’annonce exceptionnel. Les réservations rentrent… C’est du jamais vu.

Christophe Mamelonet, chef de La Maison du pêcheur

La Gaspésie a la cote. Et pour les touristes en quête de produits du terroir (et du « merroir » ?), La Maison du pêcheur se veut un passage obligé. « Je cherche le plus possible à m’approvisionner ici. En ce moment, par exemple, je cherche de la morue sur peau. C’est très difficile à avoir parce que toute la morue qu’on trouve en magasin est filetée, pas de peau. On travaille avec de la pieuvre, des pétoncles en coquille, des escargots, des algues », énumère le chef.

Les algues sont fournies par Antoine Nicolas, le flétan est acheté directement aux pêcheurs, la truite d’élevage vient de chez Raymer dans la Baie-des-Chaleurs, et les oursins, de la Côte-Nord.

« Les escargots viennent de la France, mais là, on travaille pour avoir des bourgots de la Gaspésie », dit celui qui a étudié en gestion d’établissement de restauration et a obtenu une attestation de spécialisation professionnelle en cuisine du marché.

Des homards au pied du rocher Percé

La Maison du pêcheur est une institution à Percé. Bien avant d’être un restaurant, le bâtiment a hébergé une sorte d’auberge de jeunesse qu’ont fréquentée de nombreux contestataires, dont les futurs felquistes Paul et Jacques Rose.

PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

Robert Charlebois et Claude Dubois ont donné en juillet 1969 un spectacle à La Maison du pêcheur, alors une sorte d’auberge de jeunesse.

Le conseil municipal avait fait fermer les lieux en 1969. Des commerçants accusaient les jeunes de « faire fuir les touristes ».

C’est en 1985 que le père de Christophe, un Français né au Maroc et « tombé en amour avec la Gaspésie », a ouvert le restaurant avec des associés.

« C’était toute sa vie, ce restaurant. Il arrivait ici à 6 ou 7 h et repartait vers 23 h, minuit, des fois 3 h du matin. Il passait sa vie au resto, en allant aussi plonger chercher du homard », raconte Christophe.

Georges Mamelonet, adepte de la plongée, avait installé des viviers pour les homards près du rocher Percé. Christophe a repris la même tradition, et les clients du restaurant peuvent donc manger un homard fraîchement sorti de la mer.

On achète le homard à l’usine au début de la saison quand il vient juste de sortir de l’eau. J’ai à peu près 10 gros viviers qu’on remplit de homard et on les descend dans l’eau.

Christophe Mamelonet, chef de La Maison du pêcheur

Il reçoit chaque semaine du flétan, qu’il filète pour nourrir ses homards. « On va en chercher tous les deux jours. C’est du homard frais. Il y a 15 minutes de bateau à faire. Ils sont juste en avant du rocher. »

Le restaurant était au départ détenu par Georges et des associés, mais la mère de Christophe, France Lebreux, a depuis repris l’entreprise. Il s’agit maintenant d’un restaurant familial, où travaillent la sœur et la copine de Christophe.

« Cette nomination, c’est un baume. C’est une excellente nouvelle », lâche au bout du fil France Lebreux. « Christophe est né dans la marmite en quelque sorte. Il a dû surmonter pas mal d’épreuves dans les dernières années. Je suis fière de lui. »

2021-05-02T14:44:08-04:00